Saturday, August 15, 2009

« FAIRE DE LA MARTINIQUE UNE TERRE DE SÉCURITÉ AÉRIENNE »

Quatre ans le crash de la West Caribbean qui a coûté la vie à 160 personnes dont 152 Martiniquais, Olivier Bérisson, le président de l'AVCA, place cette commémoration sous le signe de la « prise de conscience » pour éviter d'autres 16 août 2005.
Quatre ans déjà que 152 des nôtres nous quittaient subitement. Un hommage leur sera rendu ce dimanche. L'émotion sera naturellement au rendez-vous.

Après le drame collectif de l'accident de la West Caribbean, des vies entières ont basculé dans les familles des disparus (dépression, perte de travail, divorces...). « Des crashes après le crash » , résume laconiquement Olivier Bérisson, le président de l'association des victimes de la catastrophe aérienne du 16 août 2005.

« Mais nous ne sommes pas là pour pleurer » , assure-t-il aussitôt. Quatre ans après, c'est une autre étape qui s'engage, soutient-il. Une sorte d'armistice, une commémoration qui a un sens. « Les familles engagées dans l'AVCA sont conscientes du rôle que leurs défunts leur ont laissé et des difficultés rencontrées dans la sécurité aérienne » .

L'association, outre le volet judiciaire, veut être la tête de pont de ce combat-là. Ne pas attendre le bon vouloir des autorités.

« Notre malheur fait que nous avons une expertise et une expérience de la gestion de crise qui peut profiter à tout un chacun pour voyager en toute sécurité » . À Paris, la cellule de l'association s'intéresse aux assurances, pour qu'elles soient plus regardantes et ne pas assurer n'importe quelle compagnie. Un travail de longue haleine. Mais en lequel, Olivier Bérisson porte beaucoup d'espoir. « Nous sommes pour le voyage » , se justifie-t-il presque. « Et nous pensons que la Martinique peut être un atout touristique si elle devient une terre de sécurité aérienne, ce qu'elle se doit d'être » .


(1) Rosette Rosil a également une fille, Ketty, qui vit en Moselle. Johan, lui, vivait avec sa mère. Son père, ex-mari de Rosette, a également péri dans le crash


R. LAMY France-Antilles Martinique 14.08.2009

- Le crash, 4 ans après

Les commémorations en commune

Des gerbes seront déposées ce dimanche sur les monuments ou stèles suivants :
7 heures : Basse-Pointe, près de l'église.
9 heures : Saint-Joseph, Stèle Charpentier à Grosses Gouttières.
10 heures : Fort-de-France, près de France-Antilles.
14 heures : François, au cimetière.
15 heures : Ducos, devant la mairie.
16 heures : Saint-Esprit, entrée du cimetière.
17 heures : Rivière-Pilote, près de l'église.
À 11 heures devant la DGAC

L'AVCA invite aussi le plus grand nombre à se présenter à 11 heures précises devant la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC), à l'aéroport Aimé Césaire, en direction de la zone de fret. Les membres de l'association déposeront 160 fleurs blanches et lirons un message. « C'est la première fois qu'une association porte plainte contre l'Etat » , précise l'AVCA. « Il faut que ceux qui ont donné les autorisations assument aussi leur responsabilité! » .

- SAINT-ESPRIT. ROSETTE ROSIL : « Je me suis affaissée et j'ai appelé mon fils : Johan, Johan... »

Quatre ans après la mort de son unique fils (1), Rosette Rosil, Spiritaine de 67 ans, revient pour nous sur cette tragique journée. Entre deuil impossible à faire et foi inébranlable en Dieu.

« Aujourd'hui, le temps a fait son oeuvre » , commence Rosette. « Mais jamais on oublie. Il y a des moments où l'angoisse prend le dessus. Aller au cimetière. Regarder sa photo... Je ne me laisse pas aller, mais c'est là (touchant son coeur). Ça ne passera pas. On a eu une boîte... Sur des photos, j'ai reconnu sa jambe... On a retrouvé ses papiers d'identité intacts. Comment faire son deuil ? Aujourd'hui encore, je ressens une telle colère, contre tous ces cercueils volants » !
À quelques détails près, la journée du 16 août 2005 avait pourtant commencé comme les autres.

« Je m'occupais de mes animaux. Mon père était à la maison. Au lever, il m'a demandé quand arrivait Johan. Je lui ai répondu : pas de nouvelles, bonnes nouvelles! Vers 8 heures, un de ses collègues m'appelle. Il me demande si Johan est arrivé. Je lui réponds que non. Il a compris que je ne savais rien. En fait, tout le monde était déjà au courant. C'était la panique. Un peu plus tard, deux petits voisins, à qui Johan donnait des cours de maths, sont venus à leur tour demander après lui. Je leur dis qu'il n'est pas là et leur demande pourquoi. Ils me répondent « non, rien madame » et ils s'en vont. Ce jour-là, je n'avais pas allumé la radio » ...
Rétrospectivement, Rosette comprend qu'elle a vécu, dans ses entrailles, la mort de son fils.

« Dans la nuit, à 3 heures moins dix, je me suis réveillée en sursaut. Je me suis levée et j'ai couru. Arrivée près de l'armoire, je me suis arrêtée, un peu effrayée, en me demandant ce qui m'arrivait. Je suis donc retournée me coucher. Là, j'ai senti un terrible mal de ventre et j'ai eu de fortes coliques. Mais, je ne comprenais toujours pas.

Vers 10 heures, je vois arriver le parrain de Johan. Et, c'est le déclic. Mwen di : « Mathieu, qu'est-ce qui se passe » ? Il a essayé de gagner du temps : « Comment, je n'ai pas le droit de venir te voir » ! Je me suis énervée et répété : « Mathieu, qu'est-ce qui se passe » ? Puis, j'ai crié : « Johan mo » ? ? Là, il me dit : « Oui. L'avion est tombé. Tout le monde est mort » .

Je me suis affaissée et j'ai appelé mon fils : « Johan, Johan, Johan... »

Alors, comment vivre, après ?

« Je n'en ai pas voulu à Dieu. J'ai dit : Seigneur, c'est tout ce que tu m'as donné ? Puis, je l'ai remercié de m'avoir choisie parmi tous ces gens. S'il ne l'avait pas voulu, rien ne serait arrivé. C'est très dur, je suis humaine, mais la prière m'emplit d'espoir. Mon père est mort, il y a un an, sans jamais se remettre de la mort de Johan. C'était un enfant tellement aimant et travailleur. Il avait 27 ans. Il était comptable. Il avait une fiancée. Pas encore d'enfant. Il avait la vie devant lui... Il vivait avec moi. Nous étions très complices.
Je vis seule, désormais, comme un i sans point. Tous les soirs en rentrant, il m'appelait à tue-tête : maman, maman » ...

- TIVOLI. RÉGINE RAMIN : « La question qui me hante encore et toujours, c'est : pourquoi ? »

Depuis le 16 août 2005, Régine Ramin pleure Denis et Marie, ses deux parents et Aimée, sa tante, tous morts dans le crash.

Depuis ce mardi 16 août 2005, rien n'est plus pareil pour Régine, Olivier et Murielle Ramin. Leurs parents, Denis et Marie, accompagnés de leur tante, Aimée, étaient dans l'avion qui s'est écrasé à Maracaibo. « J'avais eu ma mère au téléphone la veille, et elle avait hâte de rentrer à la maison. Elle m'avait dit avoir passé de très bonnes vacances mais qu'elle avait envie de retrouver sa petite-fille Inès (ma fille). On attendait leur retour tout simplement » , raconte Régine.


Une rencontre salutaire


« Je me souviens qu'à la même période, il y avait eu un crash à Chypre, l'accident du vol 552 d'Helios. En regardant les infos, je me demandais comment cela se passait pour les familles, comment se déroulaient les interventions des cellules de crise... En apprenant le crash de Maracaïbo, j'ai eu l'impression que c'était de ma faute, j'ai culpabilisé d'avoir pensé à ça... Peut-être que je leur avais porté malchance... ? » , ajoute la jeune femme, la gorge serrée par l'émotion. « Pendant une longue période, j'espérais que le téléphone sonnerait et qu'ils nous diraient : « nous sommes toujours en vie, nous arrivons bientôt, tout va bien... » .

« J'ai fait deux fois le voyage au Vénézuela. La première fois, pour aller à la morgue et voir les cercueils entreposés. Ça a été très dur! Les savoir si proches de nous et ne pas pouvoir les voir... Mon second voyage s'est fait en novembre 2006 avec l'AVCA, et nous avons pu aller sur les lieux du crash. J'ai une rencontre poignante qui m'a un peu apaisée. Nous avions fait faire un tee-shirt, avec une photo de mon père, de ma mère et de ma tante (la soeur de mon père) et je le portais. Les villageois de Machiques, premiers témoins de l'accident, ont pu ce jour-là nous rencontrer et discuter avec nous. J'avais envie de leur montrer que nos proches n'étaient pas que des corps disloqués mais des personnes chères à nos coeurs. Un des hommes présents m'a alors demandé qui était l'une des deux femmes sur mon tee-shirt. Je lui ai répondu « ma mère » et il m'a avoué que c'est lui qui l'avait retrouvée. Cela m'a soulagé car j'ai pensé que s'il l'avait reconnue sur la photo, c'est qu'elle était bien, pas défigurée... » .

« Chaque année, c'est dur »

Quatre ans après, la douleur et le traumatisme restent les mêmes pour Régine. « Mon frère ma soeur et moi, nous avons perdu notre port d'attache. Nos parents étaient nos deux piliers... »

Même si peu à peu la vie reprend le dessus aujourd'hui, la jeune femme a eu du mal à faire face à cette épreuve. « C'est ma fille Inès et mon compagnon qui me donnent le courage de continuer. Je travaillais en tant qu'agent d'embarquement à l'aéroport. Mais, depuis le crash, je n'ai jamais pu reprendre mon poste. J'ai changé d'orientation aujourd'hui, j'ai réussi le concours d'infirmière et, en septembre, je commence une école sur trois ans. Nous venons d'emménager dans notre maison construite à la sueur de nos fronts. On fait beaucoup de choses par nous-mêmes. Tout cela m'occupe. Mais, quoi qu'on y fasse, je pense toujours à tout ce que l'on aurait pu vivre et partager avec eux s'ils étaient encore là. Voir grandir Inès, découvrir notre nouvelle vie... Le 10 août, c'était l'anniversaire de ma mère et le 16, la date anniversaire du crash... Chaque année, c'est dur. J'irais à Basse-Pointe cette fois-ci et j'appréhende cette quatrième commémoration... Je pense que l'on ne saura jamais vraiment ce qui s'est passé et pourquoi ils ne sont jamais revenus. Mais je veux que la compagnie paye pour cette tragédie, on attend encore car j'ai choisi le procès aux USA. L'argent, l'indemnisation je m'en fiche. J'aurais préféré que nos parents soient encore avec nous. Mais, c'est un combat pour le principe et afin que cette horreur ne se reproduise plus » .

- BASSE-POINTE. DOMINIQUE VALENCE : « C'est elle qui me donne la force de continuer! »

Au lendemain du drame, Dominique Valence a décidé de reprendre, avec le soutien de son père Maurice, de sa grande soeur et de ses deux frères, les activités de restauration qui étaient celles de sa maman, tragiquement disparue.

« Aussitôt après sa disparition, comme si elle me l'avait demandé à travers un songe, alors que j'avais une activité professionnelle stable, j'ai démissionné et je me suis lancée dans la reprise du « Petit Palais » .

Tout à la fois, discrète et volontaire, Dominique frappe dès lors à toutes les portes, réunit sa famille qui lui donne son aval et reprend toute seule l'activité de sa mère, un restaurant situé sur la place du bourg de Basse Pointe. « J'ai voulu absolument garder le nom du restaurant : « le Petit Palais » car je tenais à perpétuer le savoir faire culinaire de ma maman » dit-elle avec détermination.
« Je prie pour le repos de son âme et je lui parle de tout »

Après bien des péripéties, de promesses non tenues, Dominique dit s'être lancée « comme une grande » . « J'ai ramé je l'avoue mais j'ai aussi rencontré deux hommes que je remercie du plus profond du coeur : Jean Philippe Nilor et Alfred Marie-jeanne. M. Nilor, sans me connaître, s'est emparé de mon dossier, m'a guidée et surtout accompagnée dans toutes les démarches. Il m'a surtout ouvert des portes. Le Président du conseil Régional a quant à lui, fait approuver mon dossier par la commission permanente et j'ai reçu une subvention régionale. « « Mais tout cela n'aurait pas été possible si je n'avais pas pensé pas à ma mère tout le temps. C'est elle qui me donne la force de continuer » Depuis la disparition tragique de sa maman Aimée, Dominique voit la vie autrement. « J'ai mûri, gagné en rigueur et ma vie a complètement changé » dit-elle. Je prie beaucoup, le père Frédéric m'a réappris à garder espoir. Je me rends à la messe tous les lundis. A l'issue de la messe, je vais me recueillir sur la tombe de ma mère, je prie pour le repos de son âme et je lui parle de tout - mes peines, mes joies - je lui demande même des conseils. Je veux que sa tombe soit toujours propre, bien entretenue car maman était élégante et aimait les belles choses. En somme, elle est omniprésente dans ma vie, dans la cuisine, dans le restaurant. »

Que le Petit Palais devienne grand...

Dominique n'étant pas cuisinière de profession, elle s'est attachée les services d'une chef avec des références solides. « J'ai choisi l'une des cuisinières de l'ancien hôtel plantation Leyritz qui propose des menus se rapprochant de la carte de ma mère. »

Toutes deux, ont apporté une touche plus moderne aux mets servis au Petit Palais tout en respectant l'esprit d'Aimé Valence c'est-à-dire une cuisine locale et bien épicée.

« Je ne me serais jamais lancée dans cette aventure sans le soutien actif et permanent de mon père » .confie Dominique. Un papa qu'elle couvre de tendresse et d'attention « Je veux qu'il ne manque de rien. Je me comporte avec lui comme le faisait maman. »

« J'ai aussi bénéficié du soutien de mon ami et de tous les clients fidèles de maman qui ne m'ont jamais lâchée et qui continuent à me faire confiance. « La Pointoise regrette en revanche le soutien « plutôt timide » de l'édilité locale. « J'espère qu'un jour, « le Petit Palais » , unique restaurant de la commune, sera inscrit parmi les prestataires prioritaires de la ville. » conclut- elle. Elle fonde surtout l'espoir qu'un « jour, le « Petit Palais » devienne grand et continu à être référencé dans le guide du routard.